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Publié par T'es une vrai petite Sheila !

Autobiographie rédigée et publiée en 1968 et 1969 dans "Le Journal de Sylvie" (dont les neuf numéros furent non seulement distribués aux fans mais également disponibles dans les kiosques).

Ce texte a été revu par Sylvie le 29 octobre 2001, pour sa nouvelle publication sur ce site.


"La Maritza... Ce simple mot évoque tant de choses pour moi ; la Maritza c'est une rivière qui traverse la Bulgarie, c'est un peu "ma rivière" puisque c'est en Bulgarie que je suis née et que j'ai passé mes huit premières années.
Je suis née le 15 août 1944, à 17 heures 30, à l'hôpital d'Iskretz, un charmant petit village situé à quelque 60 kilomètres de Sofia. Mes parents avaient dû quitter la capitale car la guerre faisait rage alors en Bulgarie comme dans toute l'Europe et ils s'étaient réfugiés chez des amis qu'ils avaient à Iskretz. Mon père était attaché de presse à l'Ambassade de France à Sofia et c'est dans cette ville que j'ai passé toute mon enfance. Nous vivions chez nos grands-parents et je me souviens encore de l'adresse : 51, avenue Toplebel.
Le premier souvenir que j'ai gardé de mon enfance n'est pas très bon : c'est celui d'une fugue que j'ai faite lorsque j'avais trois ans. Nous étions en vacances à Varna, au bord de la Mer Noire ; je m'étais échappée pour laver mes chaussettes dans les vagues et je m'étais perdue dans le grand parc qui bordait la plage. Mes parents affolés avaient alerté la police, on avait formé des équipes de volontaires pour me chercher et je revois encore ma mère courir vers moi, les yeux pleins de larmes, lorsqu'elle m'a retrouvée. Mis à part ce petit incident, je crois que j'ai eu une enfance formidable. Je partageais mon temps entre la demeure familiale et l'Ambassade de Hollande où je retrouvais mes "cousines" Jeanine et Simone, les filles du Premier Secrétaire avec qui mes parents étaient très liés. C'était vraiment une merveilleuse époque : nous, les enfants, n'avions aucun souci ; je n'allais à l'école qu'épisodiquement et je garde le souvenir d'interminables parties de gendarmes et de voleurs et surtout de promenades sur les toits de la maison qui nous fascinaient. C'est un vrai miracle qu'aucun de nous ne se soit rompu le cou. Je dois dire aussi, toute modestie mise à part, que j'étais particulièrement douée pour grimper aux arbres... Lorsque j'y pense maintenant, je devais être une vraie petite diablesse. J'avais heureusement la chance d'avoir des parents pas trop sévères et très gentils. Eddie, par contre, c'était la terreur ! En tant que grand frère, mon aîné de sept ans, il était responsable de moi et il ne me passait vraiment rien. Mon rêve, à cette époque-là, c'était de devenir comédienne au théâtre : à six ans, en effet, j'avais tourné mon premier film avec un ami de mon père qui était metteur en scène et les trois semaines de tournage m'avaient beaucoup marquée...

Et puis un jour, ce fut le départ. La Bulgarie se relevait difficilement de la guerre et, pour nous, la France c'était un peu la terre promise. Pour moi, petite fille de huit ans, j'avais surtout retenu qu'en France il y avait des oranges et des bananes, alors que dans la Bulgarie de l'après-guerre les fruits étaient quelque chose de très rare. Nous quittâmes la Bulgarie en train. Ce fut un long voyage de trois jours. Enfin, le 24 décembre 1952, à 5 heures du matin, nous arrivions à Paris.
La première chose que nous fîmes en arrivant à la gare de Lyon fut d'aller boire un café au lait dans un bar voisin. Paris tout illuminé de guirlandes et de sapins éblouit mes yeux d'enfant habitués à la grisaille d'un pays dévasté. Nous nous dirigeâmes vers notre premier hôtel, "l'hôtel du Lion d'Argent", rue Montorgueil dans le quartier des Halles. Nous y restâmes quatre ou cinq mois et, comme mes parents avaient du mal à trouver du travail et que nos économies s'épuisaient, nous émigrâmes vers un hôtel plus modeste, l'hôtel d'Angleterre, rue Montmartre. C'est là que pendant cinq ans nous vécûmes, mon père, ma mère, Eddie et moi dans une seule chambre. C'était une chambre à deux lits dont les fenêtres donnaient sur une sombre cour intérieure. Ma mère avait bien essayé de lessiver les boiseries et le plancher à l'eau de Javel, mais elle n'avait pas réussi à nous débarrasser des souris.
En même temps, je commençais ma vie scolaire à l'école communale de la rue de la Jussienne. Je ne parlais pas très bien le français et je l'écrivais encore moins mais la directrice décida de me faire entrer dans la classe qui correspondait à mon âge : le cours élémentaire 2e année. Au début, j'eus un peu de mal à suivre, mais je travaillai deux fois plus vite pour être au même niveau que les autres. Mes parents rentraient tard à la maison ; Eddie dont le lycée était assez loin de notre hôtel aussi. Moi, je sortais à quatre heures et demie et je devais passer de longues heures seule dans notre chambre. S'il faisait beau, j'allais jouer à la corde, à la marelle ou au ballon avec Ketty, le basset des propriétaires, dans la cour de l'hôtel. Les jeudis, si Eddie le voulait bien, il m'emmenait au cinéma sur les Boulevards ou bien encore faire du patin à roulettes aux Tuileries. L'été, les propriétaires de l'hôtel qui étaient devenus nos amis, m'emmenaient en vacances avec eux au bord de la mer. A 11 ans, j'entrai en sixième au lycée Victor-Hugo.

Puis, mes parents déménagèrent et nous allâmes nous installer "Cité de la Pelouse" à Clichy-sous-Bois. Je changeai de lycée et j'entrai en cinquième au lycée mixte du Raincy. J'y restai trois ans. Du jour au lendemain, tout changea. Jusqu'à ce moment-là, le seul garçon que j'avais fréquenté était Eddie. Au lycée du Raincy, toutes les classes étaient mixtes et la présence de garçons et de filles dans la même classe créait un mélange explosif. Nous chahutions presque tous les professeurs, sauf celui de mathématiques, une vraie terreur. Tous les jeudis, nous nous réunissions chez une fille de notre classe dont les parents possédaient une vaste maison et nous organisions des surprises-parties, nous écoutions les premiers disques de rock qui venaient d'Amérique...

En 1960, mon père trouva un appartement à Paris : 117, avenue du général Michel-Bizot. Pour nous, c'était formidable puisque cela évitait à mon père de se lever tous les matins à 2 heures pour aller à son travail en mobylette. Je changeai de lycée ; l'ambiance du lycée Hélène-Boucher, sur le cours de Vincennes, était bien différente de celle du lycée du Raincy ! Interdiction de porter des talons hauts, de se mettre en pantalon, d'avoir les jambes nues, de se maquiller... Je ne m'entendais avec aucun professeur si ce n'est avec celui d'anglais. Je me souviens même d'une certaine Mme Pascal, un professeur de français qui faisait preuve à mon égard d'une injustice flagrante. Elle me mettait invariablement 2 sur 20 à tous les devoirs que je lui remettais même quand, de guerre lasse, je les faisais rédiger par Eddie qui venait de passer son Bac philo. Un jour, je n'ai pas pu m'empêcher, je lui ai dit ses quatre vérités et cela a déclenché un énorme scandale. A la fin de l'année, j'appris sans surprise que je devais redoubler ma seconde. Je partis en vacances à Blainville, près de Trouville, où les propriétaires de notre ancien hôtel nous prêtaient une maison et, à la rentrée, je retournai au lycée. La classe de seconde avait été exilée à l'annexe d'Hélène-Boucher, rue des Maraîchers et là, heureusement, la discipline était bien plus souple si bien que ma "seconde" s'écoula sans incident notable.

Eddie avait commencé son Droit au début de l'année mais il se consacrait surtout à la musique : il était trompettiste dans l'orchestre du "Blue Note", le plus célèbre cabaret de Jazz de Paris. En même temps, il servait de directeur artistique à l'un de ses amis dont on commençait à beaucoup parler : Frankie Jordan. Frankie devait justement enregistrer l'adaptation française d'une chanson américaine intitulée "Out of Gas" et il cherchait une jeune fille pour lui donner la réplique. Eddie pensa naturellement à sa petite sœur et, quelques jours après, je séchai un cours pour enregistrer "Panne d'essence". En effet, lorsque j'ai enregistré ce duo, j'étais encore en première au lycée Hélène-Boucher. J'attendais de pied ferme le Bac que je devais passer au mois de juin, mais mes nouvelles occupations de chanteuse m'empêchaient de suivre mes cours régulièrement. J'avais une autorisation spéciale du censeur qui me dispensait de certains cours et je m'arrangeais, bien sûr, pour m'assister qu'aux cours qui me plaisaient, délaissant les mathématiques, ma bête noire. D'un autre côté, ma vie devenait intenable. J'étais la première fille de cet âge à réussir dans la chanson et, tous les soirs, devant le lycée des dizaines de journalistes venaient m'attendre, si bien que je devins vite la bête curieuse du lycée. Cela me stupéfiait parce que jusqu'alors je m'étais sentie un peu chez moi au lycée et que, du jour au lendemain, une barrière s'était établie lorsque mes chansons avaient commencé à passer à la radio. J'étais obligée de rester seule, enfermée dans la classe pendant les récréations ; le lycée était devenu pour moi une épreuve.

Au début de 1961, ce fut mon premier contact avec la scène. C'était à l'Olympia, lors d'un Musicorama dont Frankie Jordan était la vedette. Mon rôle se bornait à lui donner la réplique dans "Panne d'essence" mais j'avais répété pendant de longues heures pour être sûre de ne pas oublier les paroles. Frankie, qui prenait beaucoup plus au sérieux ses études de dentiste que ses activités de chanteur, avait totalement négligé d'apprendre les paroles. Comme nous devions chanter devant un piano, il avait copié chacun des couplets sur une feuille séparée et il avait posé le tout sur le chevalet du piano. Je me souviens encore de ma terreur lorsque pendant le spectacle je me suis aperçue qu'il s'embrouillait dans les couplets, qu'il ne savait plus très bien quel était le premier, quel était le deuxième ! Heureusement, Frankie réussit à rétablir la situation et tout se passa très bien. Quelques temps après, j'enregistrai, toujours avec Frankie, ma première émission de télévision. Je me souviens aussi du premier grand article sur moi qui parut dans la presse. C'était dans un journal qui s'appelait "Music-Hall" et il était signé du nom de ma meilleure amie : Mercedes. Au mois de mai 1961, on me proposa ma première tournée. C'était avec Gilbert Bécaud et j'hésitai longtemps avant d'accepter cette proposition qui m'obligeait à renoncer au Bac. Ma mère, qui était très stricte sur l'éducation, ne consentit à me laisser partir qu'à la condition que mon frère Eddie m'accompagnerait. Mon père, lui, me laissa tout à fait libre : dans sa jeunesse, il avait rêvé d'être sculpteur et de partir étudier la sculpture à Rome. Ses parents avaient opposé leur veto à ce projet et mon père s'était bien juré que, plus tard, il laisserait ses enfants libres de choisir l'activité qui leur plairait. Je partis donc. Je pense encore avec un peu de nostalgie à l'ambiance qui régnait pendant ces tournées : nous avions une vieille 403 qui nous transportait, mon frère, mon batteur et mon guitariste, et la bonne humeur régnait tout au long de la journée. Je venais d'enregistrer mon premier vrai disque : "Quand le film est triste" et cette chanson passait beaucoup dans une émission de radio qui démarrait très fort, "Salut les Copains". Je connaissais d'ailleurs toute l'équipe de l'émission puisqu'Eddie était à l'époque l'assistant de Daniel et je dois dire que, là aussi, l'ambiance était formidable.

Au début de 1962, je suis passée à l'Olympia en lever de rideau du programme de Vince Taylor. C'est là que le soir de la première, dans les coulisses, je fis la connaissance d'un garçon qui s'appelait Johnny Hallyday. J'étais peu connue à l'époque et je ne recevais pas encore ces télégrammes qu'on envoie aux vedettes les soirs de première. A vrai dire pour ce spectacle, je n'en ai reçu qu'un, très gentil, que Johnny m'a envoyé dès le lendemain. Je l'ai d'ailleurs gardé. Puis, les disques se succédèrent. Après "Quand le film est triste" ce fut "Est-ce que tu le sais ?", puis "Qui aurait dit ça". J'enregistrais beaucoup de chansons de Ray Charles à l'époque car c'était, et c'est toujours, un de mes chanteurs préférés. Puis vint "Baby c'est vous". J'aime beaucoup cette chanson car elle correspond à une époque très heureuse de ma vie et elle me rappelle d'excellents souvenirs. Puis, ce fut "Madison Twist" : je me souviens que dans la version que j'ai faite de cette chanson, je m'adressais à un garçon qui s'appelait Johnny, tandis que dans la sienne Johnny parlait d'une fille prénommée Sylvie. Lorsque j'y repense, je trouve un peu étrange ce parallèle que, même avant que nous soyons ensemble, les gens avaient établi entre Johnny et moi. Au référendum de "Salut les Copains", par exemple, quand Johnny arrivait premier chez les garçons, j'étais la première chez les filles. Nous avons toujours eu, Johnny et moi, à peu près le même public. Juste avant l'été, j'enregistrai une chanson qui s'appelait "Le locomotion". Little Eva en avait déjà fait un tube aux USA. L'été venu, je partis en tournée avec Richard Anthony et Leny Escudero. Ce fut l'époque de mon premier grand tube : "Tous mes copains". C'était Jean-Jacques Debout qui avait écrit cette chanson pour moi. J'étais presque la seule, avec Jean-Jacques, à y croire : j'en aimais beaucoup la musique et je crois que les paroles correspondaient bien à mon âge.

1963 fut une grande année pour moi. Au mois de mars, j'étais pour la première fois en couverture de SLC et je me souviens encore du reportage qui s'intitulait : "Sylvie, songeuse, souriante et sage". A peu près à la même époque, je partis en tournée avec Johnny. C'est pendant cette tournée que nous avons appris à nous connaître. Nous étions pour tout le monde "les copains du twist", cette étiquette nous a toujours fait rire ! Dès mon retour à Paris, je fus la vedette d'un spectacle à l'Olympia intitulé : "Les idoles des jeunes". Avec moi passaient notamment Claude François et Little Eva. Je me souviens encore que, le lendemain de la première, un grand quotidien disait dans sa critique : "Sylvie Vartan a gagné ce soir ses galons de grande vedette". Au début du mois de mai, j'allai en Camargue pour commencer le tournage de "D'où viens-tu Johnny ?". J'avais déjà fait une courte apparition dans un film qui s'intitulait "Un clair de lune à Maubeuge" et j'avais très envie de récidiver. Du tournage de "D'où viens-tu Johnny ?", je garde un excellent souvenir : mon rôle n'était pas très important et j'étais là-bas plutôt en vacances. Je passais mes journées à faire du cheval dans les marais de Camargue ou à me dorer sur la plage. J'étais tellement bronzée qu'avec le technicolor, je semblais sortie tout droit d'un film de peaux-rouges ! Le 15 juin, Johnny avait 20 ans et toute l'équipe de SLC était venue nous rejoindre pour fêter cela. Nous avions à l'époque un petit chien qui s'appelait Jimmy et qui était toujours dans nos jambes... Nous avons passé une formidable journée. Le 22 juin, nous rentrions à Paris en avion particulier pour la fameuse nuit de la Nation. Je crois que c'est ce soir-là qu'a vraiment éclaté ce qu'on a appelé "le phénomène Salut les Copains". 150.000 personnes rassemblées sur une place de Paris, sans affiches, sans publicité dans les journaux, simplement grâce à quelques appels lancés par Daniel sur les ondes d'Europe N°1. L'ambiance était vraiment survoltée ce soir-là ! Quelques temps après, je préparai mon disque d'été : "I'm watching". C'est Paul Anka qui avait écrit cette chanson pour moi et c'était la première fois que j'enregistrais une chanson en anglais. Puis, ce fut comme tous les étés le départ en tournée. La vedette américaine de mon spectacle était Claude François et c'est au cours de cette tournée qu'il m'offrit un bien joli cadeau : un tout petit chien tout blond, un nœud autour du ventre, qui m'attendait dans ma loge un peu ahuri par le bruit et la musique : Molière. L'été 1963 fut le fameux été du Cannet. Quand je repense à l'incident, je trouve un peu ridicule l'importance qu'on lui a donné. C'était un spectacle en plein air et comme l'organisateur avait un autre gala à quelques kilomètres de là, il avait tout simplement partagé la sonorisation en deux, si bien que les gens n'entendaient rien. De plus, le sonorisateur refusait obstinément de monter le son. J'ai alors arrêté l'orchestre pour demander d'augmenter la sonorisation mais l'individu en question s'était barricadé dans sa cabine. Les gens commençaient à s'énerver et, au moment où j'allais annoncer qu'il fallait attendre quelques minutes pour qu'on arrange cela au mieux, j'ai entendu quelqu'un crier dans les coulisses : "Coupez la sono !" et je n'ai rien pu dire. Je quittai la scène envahie par les gens fous furieux et ce fut la mêlée générale. Le lendemain je faisais les gros titres dans les journaux et je me souviens du maire du Cannet disant à la télévision qu'avant deux ans je serai complètement finie... C'était en 1963... Je me demande si ce monsieur est encore maire du Cannet ! Le 15 août, je chantai à Montreux. Johnny était venu me rejoindre et m'avait offert, pour mes dix-neuf ans, ma première voiture : une petite Austin verte. C'est le lendemain que tous les journaux ont annoncé nos fiançailles. A la fin de ma tournée, je suis partie en vacances avec Johnny au Mexique, à Acapulco. C'était la première fois que j'allais en Amérique et j'étais émerveillée par tout ce que je découvrais. Nous avons passé quelques jours à New York, puis nous nous sommes rendus à Nashville. Johnny et moi devions y enregistrer chacun de notre côté un 33 tours et comme les studios RCA n'étaient pas très éloignés des studios Philips, c'était vraiment très agréable car, pour une fois, nous travaillions ensemble. L'ambiance là-bas était formidable ; nous enregistrions tout en même temps : la voix, l'orchestre, les chœurs... J'avais été frappée par la guitariste solo. C'était une brave dame de cinquante ans, mais elle jouait très "blues" ! Des USA, je ramenai un 33 tours que j'aime beaucoup avec des chansons comme : "Si je chante", "Love has laid its hands on me", "Since you don't care", "La la la", "Dum di la"... Dès mon retour à Paris, je commençai à tourner "Cherchez l'idole". Pour ce film, Charles Aznavour m'avait écrit une chanson qui m'avait tout de suite beaucoup plu et qui s'appelait "La plus belle pour aller danser". Johnny n'aimait pas beaucoup cette chanson : il trouvait qu'elle ne correspondait pas à mon style.

En janvier, je fis l'Olympia avec les Beatles et Trini Lopez. Je garde de ce spectacle un souvenir assez mouvementé. J'étais la seule fille, je passais en sandwich entre un Américain et des Anglais et ce n'était jamais gagné d'avance. Au mois de mai, ce fut pour Johnny le départ à l'armée et pour moi le début de multiples week-ends à Strasbourg pour aller le rejoindre pendant ses permissions. J'ai dû faire plusieurs milliers de kilomètres comme cela. A peu près à la même époque, je commençai à tourner mon premier vrai film : "Patate". Je ne peux pas dire que le sujet m'avait vraiment séduite : à vrai dire, à l'époque je ne savais pas trop ce qui me plaisait ; la pièce avait bien marché, alors j'avais décidé de faire le film. J'ai d'ailleurs appris par la suite qu'en même temps qu'on me conseillait de tourner "Patate", on avait refusé pour moi, sans même m'en parler, un autre film : "Les parapluies de Cherbourg" ! Le tournage de "Patate" s'acheva avec l'été. Je dois dire que je n'ai jamais vu le film puisqu'aussitôt après, je suis partie en tournée d'automne avec Hugues Aufray. J'avais quand même eu le temps d'enregistrer un nouveau disque : "L'homme en noir" qui avait très bien marché. En décembre, je fis un second voyage éclair aux USA : je tournai en quelques jours quatre émissions de télévision avant de rentrer à Paris pour fêter le nouvel an avec Johnny.

1965 fut l'année de ma plus belle tournée. Je découvrais des pays que je n'avais jamais vus, je voyageais... Je me souviens qu'au retour, mon billet d'avion avait plus de deux mètres de long. Nous sommes restés vingt-et-un jours au Japon et j'en garde un souvenir formidable. Puis ce fut l'Amérique du Sud : Santiago du Chili, Buenos Aires, l'Uruguay. Avant de rentrer à Paris, j'en profitais pour enregistrer quatre nouvelles chansons dans les studios RCA de New York, parmi lesquelles "Dans tes bras" que Johnny avait écrite pour moi. Et puis... Et puis ce fut le 12 avril : mon mariage. C'était plutôt un grand cirque organisé. Nous avions pourtant tout fait pour garder le secret mais, malgré cela, un véritable raz-de-marée a déferlé sur Loconville. Ce fut ensuite mon voyage de noces aux Canaries en compagnie de toute une troupe de journalistes. Un voyage de noces qui ne fut pas très long puisque Johnny, qui n'avait pas fini son service militaire, devait rejoindre son cantonnement. Quant à moi, quelques semaines plus tard, j'animai "Télé-Dimanche" et je me souviens encore du scandale que fit ma nouvelle tenue de scène : c'était la première fois qu'une fille chantait en pantalon ! Puis, ce fut ma tournée d'été marquée surtout par la démobilisation de Johnny et le gala que nous avons donné ensemble à Colmar. Nous avons fait ce soir-là un formidable repas à "L'Ill Hausern" chez M. Haeberlin. A la rentrée, ce fut la Royal Performance au Palladium de Londres, devant la reine d'Angleterre : je crois que je n'ai jamais eu aussi peur de ma vie, peut-être parce que je suis, en règle générale, très sensible à l'ambiance qui règne dans la salle et que ce soir-là c'était vraiment la grande pompe ! A la fin de l'année, je pris quelques jours de vacances à Méribel avec Johnny. Tous les journaux annoncèrent que j'attendais un heureux événement... Et c'était vrai !

Je garde de cette époque un souvenir de calme et de repos. Je profitai de mon inaction forcée pour préparer ma première collection de prêt-à-porter : c'est au mois de mars que je la présentai au Bilboquet. Et puis, ce fut l'attente jusqu'au 14 août à 21 heures 45. Ce soir-là, David naissait à la clinique du Belvédère. Huit jours plus tard, je quittai la clinique pour Loconville où je passai quelques jours de vacances. Dès mon retour à Paris, je repris les répétitions avec le nouvel orchestre que m'avait monté mon frère Eddie : "Les Crews" et je partis en tournée en Turquie. C'était un pays qui me rappelait beaucoup mon pays natal puisque la Bulgarie a été pendant plusieurs siècles occupée par les Turcs. Je retrouvai là-bas la cuisine de mon enfance, les mêmes spécialités ; comme, de plus, le public était formidable, je garde un excellent souvenir de cette tournée. A mon retour, j'enregistrai un nouveau disque dans lequel se trouvait la première des chansons qu'allait m'écrire Jean Renard : "Par amour, par pitié". C'est à Johnny qu'il la destinait lorsqu'il l'avait composée mais j'avais trouvé cette chanson tellement formidable que j'avais fini par l'enregistrer.

En janvier 1967, je partis en tournée au Portugal puis, j'allai prendre quelques vacances à Rio avec Johnny pour le carnaval. Je pensais trouver le soleil mais c'était des inondations qui nous attendaient : comme toutes les rues de Rio étaient en pente, on ne pouvait plus marcher et même les voitures étaient emportées. C'était vraiment horrible. En avril, je fis l'Olympia avec Johnny. J'ai toujours beaucoup aimé chanter avec lui parce que nous avons les mêmes goûts et le même public. Ce show dura un mois et puis nous sommes allés passer quelques jours à Acapulco. Je gardais de cette ville un souvenir extraordinaire et cette deuxième visite me déçut un peu. Lors de notre premier voyage, c'était encore assez sauvage et pas très connu. Lorsque j'y suis retournée, il y avait des buildings partout : tout ce qui faisait le charme de cette ville avait disparu. Au mois de mai, je partis présenter ma collection de prêt-à-porter en Israël... Et me dorer au soleil. Juillet arriva avec ses habituels concerts puis, en août, je partis en vacances avec David à Saint-Tropez. A mon retour, j'inaugurai la première "Boutique Sylvie", avenue Victor-Hugo, à Paris. Il y avait un monde fou ce jour-là et Johnny, qui m'accompagnait, avait surpris tout le monde en apparaissant coiffé d'un grand chapeau de feutre. Le 1er novembre sortait le premier numéro de mon "Journal" puis, je partis à Londres enregistrer mon nouvel album : "Comme un garçon".

La fin de l'année arriva bien vite et, dès février 1968, je partis en tournée en Argentine. J'en garde un souvenir épuisé : je chantais trois fois par jour devant 20.000 personnes et il fallait faire trois stades par soir ; un à 22 heures, un autre à 2 heures et un troisième à 4 heures du matin. C'était vraiment épuisant. A mon retour à Paris, je commençai à préparer une entreprise à laquelle je tenais beaucoup : mon Musicorama. Personne dans le métier n'avait envie de me soutenir à l'époque et seuls Jean Pons, Bruno Coquatrix, Carlos et moi y croyions. Le 8 avril, lorsque le rideau se baissa, je regrettai vraiment que ce ne soit que le Musicorama d'un soir..."


Sylvie VARTAN

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