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Publié par Te tuer d'amour

Sylvie Vartan réalise un rêve,

LA chanteuse prend un virage dans sa carrière

LA chanteuse prend un virage dans sa carrière. A la chanson, elle ajoute le cinéma, réalisant un espoir frustré jusqu’alors. Dans une semaine, elle sera sur les écrans, au côté de Michel Piccoli, dans le rôle âpre et glacial de Stéphane, le personnage que lui a confié le metteur en scène Jean-Claude Brisseau, dans son film « l’Ange noir ». Une confiance bien placée. Nous avons rencontré Sylvie Vartan en plein Nord québécois, à Rouyn-Noranda, où elle présentait son film. La collégienne du twist qui chantait en 1961 « Panne d’essence » en duo avec Franckie Jordan, puis rencontrait Johnny Hallyday en 1964 à l’Olympia à l’issue d’un spectacle où elle était à l’affiche avec les Beatles, a acquis une véritable densité. Dans ce cadre inhabituel, elle se révèle d’une simplicité que nous n’attendions pas.

 

 

Qu’est-ce qui vous a décidé à entreprendre un parcours d’actrice, alors que vous n’aviez posé, jusqu’à présent, que la pointe des pieds dans le cinéma ?.

Ma carrière de chanteuse a pris le dessus et ça décourage les metteurs en scène qui ne sont pas inspirés par quelqu’un qui a une image dans un autre milieu. Et puis, pour faire du cinéma, il faut être deux, avec un metteur en scène. A part quelques apparitions dans « Cherchez l’idole », ou avec Orson Welles dans « Malpertuis », on ne m’a pas fait de proposition. Ou plus exactement, je n’en ai pas été informée. On m’a, en effet, pressentie pour deux rôles dans « Pierrot le Fou » et « les Demoiselles de Rochefort », mais mon impresario avait fait barrage. Je ne l’ai su que bien plus tard.

Le cinéma restait donc pour moi un rêve secret, brûlant. Je commençais à désespérer. Jusqu’à ce que Jean-Claude Brisseau me fasse cette proposition lors du Festival de Cannes. Mon coeur s’est mis à battre un peu plus fort. Il fallait être aussi original que lui pour me confier un rôle pareil. C’est un passionné et un grand pédagogue ! Il m’a expliqué le film, et j’ai été séduite par ce personnage énigmatique, dissimulé… Tout le contraire de moi qui suis plutôt directe et brutale. Mais c’est précisément l’intérêt du cinéma que de jouer des personnages qui sont si loin de vous, qui vous pousse à vous oublier. Stéphane est une femme grave, tragique et amère. Je n’ai, en participant à ce film décapant et sulfureux, pas un instant pensé à mon image de chanteuse. J’ai suivi mon élan et mon impulsion première.

 

 

Et maintenant, en voyant le film…

J’aime bien qu’on me découvre là où on ne m’attend pas. J’ai un public qui me connaît depuis toujours, devant qui j’ai grandi. Il m’a suivie et aimée. Les chanteurs ont avec lui des échanges de fidélité, beaucoup plus physiques, plus palpables que l’adulation qu’on peut éprouver pour une vedette de cinéma. C’est une relation de familiarité, on s’appartient mutuellement et d’autant plus quand on a eu la chance, comme moi, de faire beaucoup de scène, de se plonger dans l’émotion et la force d’un échange. Ce n’est, hélas ! pas le cas des jeunes chanteurs, aujourd’hui, qui sont broyés par la vidéo. Leur célébrité devance leurs prestations sur scène.

 

 

Qu’est-ce qui vous a touché dans le personnage qui vous était proposé ?

J’ai aimé cette femme que j’ai perçue comme quelqu’un de cassé, de dépassé par cette passion. Elle est en révolte, rebelle jusqu’au bout, et quels que soient ses actes, on lui trouve des circonstances atténuantes. Elle est fragile, marquée par une société qui l’a écrasée, et contre laquelle elle s’est levée. Elle a perdu ses repères et son sens des valeurs, obsédée qu’elle était par une passion amoureuse. Le personnage est complexe et, finalement, fragile. Victime, elle sait dès le départ que sa vie n’a plus aucun sens. Elle acquiert donc une dimension pathétique. Cette marche inéluctable vers la mort m’a touchée.

 

 

Notre société vous semble-t-elle impitoyable ?

Je réfléchis peu, et agis par impulsions et coups de coeur. Quand je m’arrête à peser les choses, le doute s’installe et je m’immobilise. Mais on peut être pessimiste quand on voit l’évolution de la société. C’est vrai que l’univers de Brisseau est très noir, et ne laisse pas place au réconfort. J’ai également un peu tendance à voir les choses de la même façon. Quand on compare notre époque à celle où j’ai débuté, on peut se poser des questions.

 

 

Le juge, incarné par Michel Piccoli, apparaît comme le seul personnage intègre, et par là même la dupe de tout le monde…

Oui, il est assez noble. Il est motivé par l’amour qui est sa faiblesse, ce qui est plus digne que les autres personnages qui cèdent à la tentation de l’argent. Mais tout le monde est victime. Toute révolte est-elle impossible ? Les gens qui ont cela en eux - tout le monde n’est pas capable de l’extérioriser, et de passer à l’acte -, cette force donc, ont aussi à en assumer des conséquences tragiques, mais il peut en sortir un bien.

 

 

Vous vivez désormais aux Etats-Unis. Quels sont vos projets ? Le cinéma ?

Depuis que j’ai sept ans je vis en nomade. Je vais et je viens dans des maisons, des avions, des valises… Cette vie de saltimbanque est la mienne, et j’envisage mal une vie installée. Je panique quand il en est question.

Je vais chanter au Casino de Paris en janvier. La dernière fois que je m’étais produite en France, c’était le jour de la déclaration de la guerre du Golfe. Autant dire que c’était mal choisi. J’aurai des chansons nouvelles, et des incontournables. Le public aime à retrouver des airs qui lui sont familiers et qui s’inscrivent dans leur vie, comme autant de jalons. Je me suis rendu compte de cela en allant voir Elvis Presley à Las Vegas, lors de l’un de ses derniers concerts. J’étais très impatiente de le voir chanter toutes ses chansons que j’aimais. Mais il n’a chanté que des compositions de Ray Charles, des Beatles, qui ne lui appartenaient pas. Ma déception a été énorme. J’en ai conclu qu’il me fallait respecter ce que des chansons plus anciennes représentent de parcours commun entre la chanteuse et son public. Je revisiterai donc des chansons, d’une manière plus intime, plus proche des gens, avec un petit orchestre composé de musiciens polyvalents. L’orchestration sera plus simple, plus acoustique. J’ai toujours fait des grandes salles, mais on se lasse de voir les gens tout petits.

J’ai trouvé rafraîchissant de renouer avec ces chansons, avec un peu de recul néanmoins. Les années soixante portaient plus de fraîcheur, la création musicale était extraordinairement riche, et les jeunes y sont sensibles aujourd’hui. L’être humain a besoin du beau, de l’esthétique, et la part du rêve prend d’autant plus d’importance que nous vivons un réalisme effréné. Nous avons besoin d’être remués et bouleversés.

 

 

Avez-vous d’autres films en vue ?

J’espère qu’il en viendra d’autres. Mais il faut le désir d’un metteur en scène. J’attends donc d’autres occasions d’enthousiasme et de confiance - quand on tourne avec quelqu’un, il faut s’abandonner, baisser la garde -, des rôles aussi forts et aussi exaltants que celui-là. Ce fut un cadeau formidable comblant une si longue attente.

 

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